Vivre sous la pression
Les nouvelles technologies (recherches et attentes sur internet, courriels en rafales, pannes de matériel et "bogues" divers...), les 35 heures, les rapports conflictuels avec le public (caissières, guichetiers...) sont sources de nouveaux stress.
Avec la réduction du temps de travail, l'arrivée des nouvelles technologies, la moindre pénibilité des tâches et la sortie de la crise économique des années 90, on pouvait penser que l'amélioration des conditions de travail était sérieusement en vue. Il n'en est rien. De nombreuses études révèlent, au contraire, leur dégradation et corrélativement une augmentation des problèmes de santé mentale liés au stress.
Dans un sondage paru dans Liaisons sociales, en septembre 2000, 11% des salariés déclarent avoir été en arrêt maladie à cause du stress et 72% ressentir de la pression. Plus récemment, un rapport du Bureau international du travail (BIT) a calculé le coût des problèmes de santé mentale d'origine professionnelle. Il atteindrait entre 3% et 4% du produit intérieur brut des pays de l'Union européenne. En Finlande, plus de la moitié de la population active présente des symptômes de stress : angoisse, états dépressifs, douleurs et troubles du sommeil et 7% souffrent d'un surmenage grave. Au Royaume-Uni, près de trois salariés sur dix connaissent chaque année des problèmes de santé mentale. En Allemagne, les pathologies à caractère dépressif seraient à l'origine de 7% des départs à la retraite anticipée.
Aux états-Unis, plus d'un adulte sur dix en âge de travailler est atteint de dépression. Cette étude, menée dans des pays soumis à des modes d'organisation du travail et à des régimes de protection sociale différents, montre la forte prévalence du stress, du surmenage et des troubles dépressifs liés aux changements qui se produisent sur le marché mondial du travail, sans parler de la pression exercée par nos modes de vie familiale.
Les facteurs sont de tous ordres : "conjoncturel", "organisationnel", "managérial", etc. Nous en retiendrons quelques-uns.
le dur métier d'écolier
Arriver à l'heure à l'école, avoir de bons résultats, ne pas être considéré comme un "nul"... Nos enfants aussi sont stressés. Et si, au lieu d'accroître la pression, nous leur faisions confiance ?
Le stress existe aussi chez les enfants. Mais personne n'ose en parler. Ni les parents qui refusent cette possibilité ni les professionnels. "Pourtant les agents stresseurs, les symptômes et les pathologies sont là", affirme Gisèle George, pédopsychiatre, auteure d'un livre sur le stress des enfants à l'école, à paraître prochainement.
Il suffit d'analyser le contenu d'une journée d'enfant pour y mesurer l'étendue des dégâts. Les manquements à l'horaire sont une grande cause de stress, à cause de la peur des réprimandes, du regard des autres (l'enfant va-t-il oser entrer en classe, y être accepté ?).
Autres stress : l'attention soutenue, six heures environ par jour ; la pression de la performance et du contrôle ("les boules" de la dictée, par exemple) ; la pression des copains (moqueries, insultes, violences, racket) ; les violences et l'agressivité à la récré ; environ 35 heures de travail par semaine, devoirs compris; la violence verbale ou l'agressivité de certains enseignants; le stress des parents (leur propre stress ajouté à l'inquiétude quant aux performances de leur enfant) ; la sur-qualification ; la sous-qualification, etc. "On a retrouvé les mêmes facteurs de stress chez l'enfant scolarisé que ceux rencontrés chez les salariés d'entreprise", remarque Gisèle George.